Festival Homo Konnectus

11-12-13 Octobre à AUTRANS (@ Plateau du Vercors, 38, France)

LE NUMÉRIQUE & LE VIVANT
https://www.homokonnectus.fr/

Les techniques et technologies, aujourd’hui, sont déjà capables de modifier la biologie du corps de l’homme, des autres espèces et de l’environnement. Les géologues parlent d’ère anthropocène tandis que, toujours à échelle universelle, nous entrons dans une « révolution numérique » ou encore « digitale », modifiant nos actes de communication de soi à soi, de soi à l’autre, de soi à l’environnement, et, de façon inédite en imposant de nouveaux usages en société : la santé, le travail, la famille sont touchés englobant sexualité, cognition et reproduction.


En quoi ces transformations impactent-elles toutes les composantes de notre vie et de la société ?

Ethno-fiction

MNH / NEHS
Ethno-fiction
Interview de J. Nicogossian par Emilie Villeneuve (journaliste)

Décembre 2018

Biographie

Judith Nicogossian est anthropobiologiste, anthropologue de la santé, du commerce (Paris-Saclay), philosophe et chroniqueuse (MGEN, Usbek & Rica, Futuramed Nehs). Elle se spécialise sur l’impact des techniques et des technologies – son adaptabilité biologique, comme les interactions homme-machine ou cerveau-machine mais également celle culturelle, portant sur l’ensemble des outils technologiques susceptibles de modifier les usages, les valeurs, du corps humain.

Dans ses ethno-fictions, elle présente les nouveaux modes decommunication à l’aune des grandes innovations de notre ère numérique, entre corps physique et corps digital, le dit “phygital”, au sujet de l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, les objets connectés, l’e-textile, le futur du soin/ santé… toutes questionnant les enjeux, les contours et les limites de tels projets.

Ethno-fiction

J. N. se prête à un exercice à la fois ethnographique et fictionnel, déclenche la fiction au cœur des sociétés, pour aborder un futur finalement très différent et très semblable. L’ethnofiction possède les avantages de la prospection, au sujet de techniques et/ou technologies qui sont en mutation permanente et laissent présager de “progrès”, sur lesquels nous nous interrogeons. La technique engage de facto les valeurs, la culture, les mythes; dès lors, qu’en est-il sur le plan de l’humain, de ses modes d’existence ? Le futur de la relation au cœur du parcours de soin/ de santé, transformé par les outils du numérique, entre professionnels de la santé, patients et laboratoires, engage un nouveau mode de communication, de nouveaux actes, un nouveau corps et de nouvelles définitions. Cette approche évoque l’interpénétration des mondes du rêve et de la réalité, le passage de la réalité et son actualisation de l’univers illimité des représentations ; enfin, le pouvoir capacitaire d’un “sapiens-expert” est en jeu , et son passage à l’action. L’élaboration d’une éthique de l’action devient nécessaire pour 1) modifier le comportement au mieux ; 2) accompagner les actions entreprises, solutions, choix ; 3) stimuler l’inventivité et la créativité. Cette position liminale entre réalité scientifique et imaginaire, est audacieuse. Une telle exploration appelle alors inévitablement à l’imprudence, rappelant les mots du philosophe des sciences « dans le règne de la pensée, l’imprudence est méthode » (Bachelard, 1972 :11).  

L’ethno-fiction n’est pas une image juste, mais juste une image, “parce que des idées justes, c’est toujours des idées conformes à des significations dominantes ou à des mots d’ordre établis, c’est toujours des idées qui vérifient quelque chose, même si ce quelque chose est à venir, même si c’est l’avenir de la révolution. Tandis que « juste des idées », c’est du devenir-présent c’est du bégaiement dans les idées, ça ne peut s’exprimer que sous forme de questions, qui font plutôt taire les réponses. Ou bien montrer quelque chose de simple, qui casse toutes les démonstrations.” (Deleuze, 1976)

ETHNO-FICTION entre travail sexe, cybersécurité, et amour

LIRE la chronique publiée sur usbek & Rica en ligne

Chronique Cowboy

xxxxweb-2

Cowboy, Etienne Leroux, artiste

Ce texte est une « ethno-fiction ». Judith Nicogossian, anthropobiologiste, spécialiste de l’adaptabilité du corps hybride, de l’impact des techniques et des technologies sur le corps humain, s’est prêtée à un exercice à la fois ethnographique et fictionnel : déclencher la fiction au cœur des sociétés, pour aborder un futur finalement très différent et très semblable. « L’ethno-fiction possède les avantages de la prospective, nous dit-elle : projeter un imaginaire de la relation phygitale dans ses multiples dimensions, qu’il s’agisse de sexe et d’amour, de travail ou de cybersécurité, dans un univers technologique en mutation permanente et qui laisse présager de nouveaux progrès ». Ceci est la première d’une série de trois ethno-fictions que nous publierons ces prochaines semaines sur Usbek & Rica. Pour ce premier volet, « une ethnographie fictionnelle du couple à l’ère du numérique ». 

Le cerveau cognitif 1/4

Quoi de si spécial dans mon cerveau?

bonneLynch version Jude

Un matin, en ouvrant les yeux, j’avais encore en tête des rêves d’étoiles de galaxies et de lumières avec des sensations si réelles, un peu étranges, je me sentais à la fois ici et là-bas. Dans ma nuit j’avais parlé en Mandarin avec un vieux sage ! J’avais survolé des villes, voyagé à travers le temps, l’espace, jeune et invincible … Les cheveux au vent, je m’étais transformée en fille de l’air [1] connectée à l’univers. (J’ai aussi passé un moment avec le voisin d’en face à manger une glace au jardin d’enfants. No comment.) Après avoir ouvert les yeux, j’ai donc été un peu déçue, de sentir mon corps assoupi de retour sur le matelas, de redécouvrir ma piaule,  minuscule, d’un petit immeuble parisien du XIXème arrondissement, rien à voir avec la Shanghai Tower et le bruit de la rue. Puis tout à coup, j’ai regardé autour de moi et j’ai eu la sensation béate, d’être encore, aussi, celle de mes nuits [2]

J’ai remarqué que je pouvais changer d’émotion juste en déplaçant mon regard : d’un vase que m’avait offert mon ex (= mépris frustré) à l’image de mon compagnon  (excitation joyeuse). En découvrant mon bouton de fièvre je me suis donnée des indications à voix basse « tu es belle, tu es belle » ou encore, pour oublier ma petite névrose de l’araignée « tu es forte, tu n’as rien à craindre »! De même, aux toilettes, j’ai trouvé une image où partir ! J’ai bravé les eaux troubles aux senteurs océanes (un peu fortes), d’eucalyptus. Bon il y a mieux que la boîte du canard WC pour rejoindre l’ailleurs… 

Je n’avais donc pas perdu l’ensemble des superpouvoirs qui animaient mes activités nocturnes… Sauf que me pouvoirs n’étaient pas aussi libres que la nuit, dans la journée, ils buttaient sur l’actuel, et je devais alors utiliser des techniques pour éviter ces obstacles.

En sortant du poster j’ai réalisé que je n’avais plus de papier toilette et je me retrouvais vraiment embêtée, presque paralysée, preuve une nouvelle fois que mon cerveau produisait des commandes émotionnelles à des situations fabriquées, conditionnées. L’entendement culturel de devoir posséder du papier toilette est externe à mon corps et une barrière pour l’esprit ! Je devais me libérer, inventer autre chose ! Je me suis regardée dans le miroir du lavabo, entre les projectiles épars des petites gouttes de dentifrice et des traces de doigt et je me suis posée cette question à voix haute : dis-moi Marguerite, y a-t-il quelqu’un là-dedans ? Qu’est-ce que c’est ce cerveau ?

[1] Pour des lecteurs possédant un cerveau masculin, aimant voler au-dessus des villes ou courir nu dans la forêt. N’ayant pas peur des voyages interstellaires et n’aimant pas les aboiements des chiens. De 30 à 40 ans, élégants, intelligents, riches et beaux. Mon email : lecerveaudemarguerite@lemonde.com.

[2] Et aussi plus tard en recroisant Lolo mon voisin d’en face je me suis posée ces deux questions – mais ça nous intéressera pas vraiment dans cet article – est-ce que lui aussi garde une trace mnésique de la petite glace parfum framboise qu’on a partagée sur le toboggan ?


Lire la suite de l’article

Un feuilleton en santé: Du gène à l’octet

Entre santé et science-fiction … une bio-anthropologue nous propose, par le biais d’une série originale en 4 épisodes, illustré par l’ingénieur INSA Romain Bulteau, d’explorer les devenirs possibles d’un monde où la technologie aurait progressivement remplacé l’humain, ainsi que les impacts de ce nouveau paradigme sur la nature même du soin.

Au gré de sa réflexion teintée d’anticipation, Judith Nicogossian nous offre de reconsidérer les choix qui s’offrent à nous et d’imaginer les futurs possibles du patient, du médecin et de l’hôpital.

« Du gène à l’octet », premier épisode de notre série, plante le décor et pose les règles du jeu. En effet, chaque épisode est introduit par une brève mise en situation dystopique, point de départ exploratoire de l’auteur, que nous vous proposons de découvrir sans plus tarder…

Vers_un_nouveau_futur

Consulter Feuilleton Du gène à l’octet en ligne – accès libre