ETHNO-FICTION entre travail sexe, cybersécurité, et amour

LIRE la chronique publiée sur usbek & Rica en ligne

Chronique Cowboy

xxxxweb-2

Cowboy, Etienne Leroux, artiste

Ce texte est une « ethno-fiction ». Judith Nicogossian, anthropobiologiste, spécialiste de l’adaptabilité du corps hybride, de l’impact des techniques et des technologies sur le corps humain, s’est prêtée à un exercice à la fois ethnographique et fictionnel : déclencher la fiction au cœur des sociétés, pour aborder un futur finalement très différent et très semblable. « L’ethno-fiction possède les avantages de la prospective, nous dit-elle : projeter un imaginaire de la relation phygitale dans ses multiples dimensions, qu’il s’agisse de sexe et d’amour, de travail ou de cybersécurité, dans un univers technologique en mutation permanente et qui laisse présager de nouveaux progrès ». Ceci est la première d’une série de trois ethno-fictions que nous publierons ces prochaines semaines sur Usbek & Rica. Pour ce premier volet, « une ethnographie fictionnelle du couple à l’ère du numérique ». 

Le cerveau cognitif 1/4

Quoi de si spécial dans mon cerveau?

bonneLynch version Jude

Un matin, en ouvrant les yeux, j’avais encore en tête des rêves d’étoiles de galaxies et de lumières avec des sensations si réelles, un peu étranges, je me sentais à la fois ici et là-bas. Dans ma nuit j’avais parlé en Mandarin avec un vieux sage ! J’avais survolé des villes, voyagé à travers le temps, l’espace, jeune et invincible … Les cheveux au vent, je m’étais transformée en fille de l’air [1] connectée à l’univers. (J’ai aussi passé un moment avec le voisin d’en face à manger une glace au jardin d’enfants. No comment.) Après avoir ouvert les yeux, j’ai donc été un peu déçue, de sentir mon corps assoupi de retour sur le matelas, de redécouvrir ma piaule,  minuscule, d’un petit immeuble parisien du XIXème arrondissement, rien à voir avec la Shanghai Tower et le bruit de la rue. Puis tout à coup, j’ai regardé autour de moi et j’ai eu la sensation béate, d’être encore, aussi, celle de mes nuits [2]

J’ai remarqué que je pouvais changer d’émotion juste en déplaçant mon regard : d’un vase que m’avait offert mon ex (= mépris frustré) à l’image de mon compagnon  (excitation joyeuse). En découvrant mon bouton de fièvre je me suis donnée des indications à voix basse « tu es belle, tu es belle » ou encore, pour oublier ma petite névrose de l’araignée « tu es forte, tu n’as rien à craindre »! De même, aux toilettes, j’ai trouvé une image où partir ! J’ai bravé les eaux troubles aux senteurs océanes (un peu fortes), d’eucalyptus. Bon il y a mieux que la boîte du canard WC pour rejoindre l’ailleurs… 

Je n’avais donc pas perdu l’ensemble des superpouvoirs qui animaient mes activités nocturnes… Sauf que me pouvoirs n’étaient pas aussi libres que la nuit, dans la journée, ils buttaient sur l’actuel, et je devais alors utiliser des techniques pour éviter ces obstacles.

En sortant du poster j’ai réalisé que je n’avais plus de papier toilette et je me retrouvais vraiment embêtée, presque paralysée, preuve une nouvelle fois que mon cerveau produisait des commandes émotionnelles à des situations fabriquées, conditionnées. L’entendement culturel de devoir posséder du papier toilette est externe à mon corps et une barrière pour l’esprit ! Je devais me libérer, inventer autre chose ! Je me suis regardée dans le miroir du lavabo, entre les projectiles épars des petites gouttes de dentifrice et des traces de doigt et je me suis posée cette question à voix haute : dis-moi Marguerite, y a-t-il quelqu’un là-dedans ? Qu’est-ce que c’est ce cerveau ?

[1] Pour des lecteurs possédant un cerveau masculin, aimant voler au-dessus des villes ou courir nu dans la forêt. N’ayant pas peur des voyages interstellaires et n’aimant pas les aboiements des chiens. De 30 à 40 ans, élégants, intelligents, riches et beaux. Mon email : lecerveaudemarguerite@lemonde.com.

[2] Et aussi plus tard en recroisant Lolo mon voisin d’en face je me suis posée ces deux questions – mais ça nous intéressera pas vraiment dans cet article – est-ce que lui aussi garde une trace mnésique de la petite glace parfum framboise qu’on a partagée sur le toboggan ?


Lire la suite de l’article

Un feuilleton en santé: Du gène à l’octet

Entre santé et science-fiction … une bio-anthropologue nous propose, par le biais d’une série originale en 4 épisodes, illustré par l’ingénieur INSA Romain Bulteau, d’explorer les devenirs possibles d’un monde où la technologie aurait progressivement remplacé l’humain, ainsi que les impacts de ce nouveau paradigme sur la nature même du soin.

Au gré de sa réflexion teintée d’anticipation, Judith Nicogossian nous offre de reconsidérer les choix qui s’offrent à nous et d’imaginer les futurs possibles du patient, du médecin et de l’hôpital.

« Du gène à l’octet », premier épisode de notre série, plante le décor et pose les règles du jeu. En effet, chaque épisode est introduit par une brève mise en situation dystopique, point de départ exploratoire de l’auteur, que nous vous proposons de découvrir sans plus tarder…

Vers_un_nouveau_futur

Consulter Feuilleton Du gène à l’octet en ligne – accès libre

Therapeutic Hypnosis: an anthropological look at the signs of the body

This movie is on The Semiotics of the body in hypnosis. It is an experiment I led videorecording hypnosis sessions. These anthropological observations about the langage body under hypnosis , show the signs and symbols of the body, the physicological signs of what happen inside but we can notice from outside.

I have accelerated the video-recordings 200 times faster to be able to notice the accelerated respiration, as well as the technical hypnosis figures that are suggested by the hypnotherapeutist and last but not least the involuntary movements from the uncounsciousness.